Fréquence Mistral

Elections régionales : deux éditos, deux points de vue et une pluralité d'opinion


Lundi 14 Décembre 2015 | Lu 86 fois

Au lendemain des élections régionales, François Malabave et Camille Garcia, journalistes, ont chacun tiré une analyse des résultats de ces élections régionales de 2015.


Edito de François Malabave : "Nous serons attentifs aux décisions et actions de Christian Estrosi"

D’abord que la démocratie l’a emporté, mais je voudrais aller plus loin et sans fournir aucun chiffre. D’ailleurs vous les connaissez et on leur fait dire ce que l’on veut. Non, je veux parler du fond : pourquoi et pour qui les Français votent ?

Forte mobilisation ici et ailleurs, ça fait plaisir, nos compatriotes ont senti le danger et qu’on ne dise pas que les abstentionnistes sont le premier parti de France. Quel est leur programme, leur leader et surtout imaginez-vous un gouvernement d’abstentionnistes où les conseils des ministres seraient vides et les représentations désertées. C’est ironique certes, mais cela montre la limite de la contestation muette et toutes les contorsions sémantiques possibles ne me conviennent pas. Abstention inutile, vote blanc ou nul avec les nuances qui leur vont bien là aussi c’est comme se défausser devant la vraie question.

Parlons donc politique : la droite et la gauche voient maintenant la menace du FN et les sempiternels « C’est pas moi c’est l’autre » leur rendent service. Le Front National grimpe alors que les partis traditionnels ou émergents fonctionnent sur des bases dépassées. Les Français votent contre. Ils l’ont toujours fait et continueront tant que les propositions « pour » resteront éloignées de leurs préoccupations. Le vote d’adhésion n’est plus ce qu’il était. Que ce soit pour un projet, un parti ou une personne, l’électeur est de plus en plus méfiant et la porosité entre courant et parti est désormais reconnue. Nous l’avons vérifié hier.
Que les politiques en cherchent les causes et trouvent des solutions mais sans arrières pensées

Répondre à leur inquiétude. Voilà la question, mais pas le problème. Le problème c’est sortir du chômage, vivre dans la paix et la justice, que la République protège et chérisse ses enfants, que l’unité nationale ne soit pas contre mais pour. Ce vivre ensemble et cet art de vivre que des fous ont voulu massacrer il y a un mois à peine. Que les politiques en cherchent les causes et trouvent des solutions mais sans arrières pensées style… en en 2017, que ferez-vous ? Non, il faut redonner espoir à la jeunesse, améliorer notre vie quotidienne, conforter les valeurs qui nous unissent, refonder une Europe généreuse et juste et enfin, répartir les richesses équitablement en préservant la planète.

Tiens d’ailleurs plusieurs événements ont aussi eu lieu ce week-end, la COP 21 n’a pas été un échec et des femmes ont voté en Arabie Saoudite mais en même temps des attentats meurtriers ont frappé l’Afrique et le Pakistan. Il reste beaucoup à faire.
Quant à la Région, et sans parti pris, nous serons attentifs aux décisions et actions de Christian Estrosi. Et notre combat contre les thèses simplistes et haineuses du FN est loin d’être terminé.

Edito Camille Garcia: "On a échappé au pire et après ? "

D’accord hier il y a eu un barrage, un front républicain, des digues, appelez-ça comme vous le voulez. D’accord, la droite, celle de Christian Estrosi  a gagné grâce à la gauche.Quel drôle de scrutin que celui du 13 décembre, plein de peurs et d’appréhension devant la montée de l’extrême droite. D’accord, certains ont dû mettre dans l’urne des bulletins totalement contraire à ce à quoi ils croient en se bouchant le nez. Et maintenant ? Rien ne sera plus comme avant. On a échappé au pire mais tout est à reconstruire. Il y a urgence, urgence à tout poser, tout revoir.

Urgence à ne pas s’accuser les uns les autres. Abstentionnistes ou vote blancs contre vote ‘utile’ ou vote contre par exemple. Urgence à comprendre le ras-le-bol de ceux qui ne croient plus au système démocratique tel qu’il nous est proposé. Un système à bout de souffle où l’on ne vote plus pour un programme mais pour une personne, ou on ne parle plus d’enjeux départementaux, régionaux ou européens mais nationo-politico centrés, un système où on ne vote pas pour un programme ou un bilan (celui plutôt positif de Michel Vauzelle) mais contre. Un système où une fois le bulletin glissé dans l’urne, le citoyen voit son vote bafoué, annihilé même puisque le programme pour lequel il a voté n’est pas respecté.

12% des électeurs ont voté FN, pas 28 % au premier tour des élections régionales

Un système où le vote blanc n’est toujours pas pris en compte comme motif d’annulation. Oui,  l’abstention ou le vote blanc sont des actes fortement signifiants. On peut même aller plus loin et s’interroger, en allant voter ne légitime-t-on pas un système auquel on ne croit plus et qui ne fonctionne plus dans son objectif de démocratie ? Des arguments défendus par de jeunes Forcalquiérens hier après-midi qui sont allés coller des affiches pour expliquer leur choix du boycott avec ces slogans: "Je ne m'abstiens pas, je boycotte ! Je ne voterai plus pour contrer le moins pire. Les abstentionnistes sont majoritaires depuis longtemps ... ces élections sont-elles valides ? " se demandaient-ils…
 
Et les chiffres, oui parlons en des chiffres, si manipulables car non expliqués ! Si on prend en compte les électeurs légaux, (majeurs et de nationalité française ; sans se baser uniquement sur les suffrages exprimés qui excluent le vote blanc, nul ou l'abstention) le FN a été choisi par 12% des électeurs légaux de ce pays, non par 28% au premier tour des élections régionales. Donc non, quand vous marchez dans la rue vous ne voyez pas trois fascistes sur dix personnes croisées. Il est à peu près certain que vous n'en croisez pas un sur vingt. Ce qui est choquant, c’est que les deux grands partis de notre pays, PS et Les Républicains ne font que 22% des suffrages potentiels et moins de 50% des suffrages exprimés. Et de ça personne ne parle !
Le seul barrage durable contre le Front National est le changement parce que 58% des français ne viennent pas voter

Alors quelles solutions trouver ? Faut-il aujourd’hui s’accuser les uns les autres, décider de ce qui est bien « voter » contre ce qui est mal, « s’abstenir ou voter blanc» ? Alors qu’hier pour beaucoup la journée a été synonyme de dilemme, de cas de conscience terrible… La coopération l'emporte toujours sur la dissension. Et  le seul barrage durable contre le Front National est le changement, nécessaire, absolument parce que 58% des français ne viennent pas voter ! Les partis politiques ont échoué, comme l'expliquait François Malabave, il est temps qu'ils retrouvent le sens de l'intérêt commun et pas celui d'un système électoraliste avec 2017 en visée.

Les abstentionnistes ne l’ont pas toujours été, ils sont d’ailleurs selon de récentes études plus nombreux à gauche qu’à droite ? Hier Benoît Hamon faisait le souhait que le vote de gauche redevienne un vote naturel pour le PS, il y a du boulot…. En attendant il y a des mesures très simples et rapidement applicables qui peuvent être mises en place, donner la parole à tous, dans les médias, peu importe le temps de parole défini par le CSA qui cantonnent les petits partis à se taire, l'instauration d'une élection proportionnelle pour les régionales, et enfin pour finir, fonder une nouvelle République… ce qui adviendra tôt ou tard.
 

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edito_francois_malabave_et_camille__garcia.mp3 Edito François Malabave et Camille Garcia.mp3  (14.65 Mo)




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