Le Comité Bolkenstein rappelle son combat contre les dérives sociales d'ITER


Vendredi 18 Décembre 2015

Le Comité Bolkenstein publie une lettre ouverte d'excuses aux membres de la Cli pour rappeler son combat contre les dérives sociales du chantier ITER, et la nécessité de travailler main dans la main pour les deux organisations.


Après une réunion publique tendue entre la Commission Locale d’Information, la Cli de Cadarache et le collectif Bolkenstein, ce dernier publie une lettre d’excuse aux membres de la Cli. Histoire de rappeler l’utilité de son action et le travail main dans la main pour la transparence et l’information qu’ils souhaitent continuer à mener ensemble. Pour rappel, ce comité de militants syndicalistes, pour la plupart CGT, lutte depuis le tout début du projet ITER en 2009 contre le dumping social et l’utilisation de travailleurs détachés, exploités voire maltraités par des « patrons voyous » sur le chantier ITER.  (Bolkenstein est un clin d’œil à la directive du même nom visant à une ouverture réciproque et très libérale des  marchés de services européens sans harmonisation préalable. Une directive qui avait fait polémique en France en 2005.)

Lors de la dernière réunion publique de la Cli de Cadarache, du 24 septembre dernier à Vinon, le ton est monté entre le public et les membres du collectif venus dénoncer « l’éternel absence » de nombreux élus locaux (voir la composition de la Cli ci-dessous*). Pourtant les deux organisations poursuivent le même objectif : transparence et justice sociale - avec le respect du droit du travail français pour tous - pour Bokenstein et transparence et respect du droit environnemental pour la commission. Une obligation légale depuis la Loi transparence sécurité nucléaire.
A qui bénéficie la fusion des CLI ?

Dans cette lettre ouverte le collectif revient sur la fusion imposée de la Cli Cadarache et de la Cli ITER, pour n’en former plus qu’une seule : la Cli Cadarache. Ce qui implique une réduction de moyens évidents –mais une économie conséquente pour les maîtres d’ouvrage d’ITER- et un risque certain en matière « de transparence et d’information du public ». Etonnant sur le plus grand chantier d’Europe qui ambitionne de réussir la fusion nucléaire soit reproduire la réaction thermonucléaire du soleil, rien que ça. Il insiste également sur l'importance pour les citoyens à s'emparer de cet espace d'information  et de transparence qu'est la Cli et les invite à participer plus activement à cette commission.

Le comité Bolkenstein rappelle aussi dans cette missive l’essence même de son combat : lutter contre l’utilisation de main d’œuvre détachée par des patrons peu scrupuleux. Bien que légalement payés au salaire du pays d’accueil, ils sont corvéables à souhait, travaillent plus que de raison et sont souvent hébergés dans des conditions insalubres. En 2010 déjà sur un petit chantier aux prémices d’ITER, le comité avait rencontré et aidé une dizaine de travailleurs portugais d’origine africaine, entassés dans un logement insalubre à même le sol sur des matelas de fortune, affamés et dans l’impossibilité de quitter le chantier faute de salaire versé. Les travailleurs avaient été indemnisés et rapatriés mais les patrons pas condamnés. Le secteur du BTP, mais aussi l’agriculture sont de grands utilisateurs de travailleurs détachés, une dérive non seulement pour les travailleurs exploités, mais aussi pour les entreprises locales ou françaises avec cette mise en concurrence déloyale dans le publique et les procédures d’appel d’offre et le privé.
Les dérives sociales d'un projet colossal

En 2011, 2012, le collectif découvre l’existence sur internet d’un « guide du logement » réalisé pour le CEA par l’entreprise Sémaphore à destination des employeurs du chantier ITER. On peut y lire des conseils pour héberger ces travailleurs détachés dans des mobil ‘hommes de fortune ou des campings désaffectés. Enfin en 2013 et 2014 ce comité de vigilance met à jour un rapport confidentiel et découvre un article du New-Yorker qui démontrent tous deux les limites et les dérives du projet ITER.

Selon les militants, outre l’utilisation en cascade de salariés détachés, le budget initial a été multiplié par 4 - de 5 à 20 milliards- du retard, des malfaçons mais aussi des accidents sont pointés **, sans oublier selon certains experts l’impasse scientifique de la fusion. Je vous propose d’écouter 3 membres du collectif Bolkenstein, travailleurs du nucléaire et militants CGT, tout d’abord  Alain Champarnot qui est aussi ingénieur-chercheur au CEA Cadarache, il revient sur la fusion de la Cli et l'intérêt d'un tel organisme puis Christian Ribaud, militant CGT sur tous les fronts explique le but de cette lettre. Enfin Patrick Gonçalvez témoigne en tant que travailleur du nucléaire sans emploi de cette mise en concurrence déloyale et immorale. Alain Champarnot.
 
Camille Garcia
 
*La Cli est composée d’une cinquantaine de membre. Elle est sensée représenter la société civile. 30 élus maires des villages alentours, conseillers généraux, régionaux des 4 départements, mais aussi députés ou sénateurs. Il y a des réunions plénières avec un conseil d’administration et des réunions publiques pour que les habitants puissent poser les questions. Les 20 autres membres sont répartis en 3 collèges : associations environnementales, représentants de la société civile et organisations syndicales.
 
** Au mois de mai 2015, un salarié espagnol fait une chute jugée potentiellement mortelle d’un échafaudage de 8 mètres de haut sur le site de Cadarache. Lors de la réunion publique du 24 septembre dernier le comité interrogeait devant la Cli «  qu’est devenu la victime ? Une enquête a-t-elle été ouverte conformément au code du travail ? », des questions sans réponses pour le moment.

Ecouter ou télécharger


Pour aller plus loin et mieux s'informer

Le site de solidarités 04  où retrouver les informations du collectif Bolkestein

Le site de la Cli de Cadarache

Le site de la Criirad

La page de la députée européenne Michèle Rivasi relative à Iter

Le site de l'Autorité de sûreté nucléaire

Et dans toutes les  mairies  avoisinantes à ITER sur les 4 départements concernés, retrouvez et demandez le magazine Clic Info
 

L'intégralité de la lettre ouverte envoyée à la Cli par le Comité Bolkenstein




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