Rencontre avec une croque-mort au grand coeur à Manosque


Lundi 2 Novembre 2015


Alors que vient de s’achever ce week-end de Toussaint, week-end où la tradition judéo-chrétienne conduit à rendre hommage à ses morts et à fleurir leurs tombes, notre journaliste Camille Garcia a eut envie d’aller voir ceux qui s’occupent des morts. Les métiers funéraires souvent tabou, parfois raillés mais ô combien utiles. Et ce n’est pas un croque-mort mais une croque-mort ou plutôt une conseillère funéraire qu’elle a rencontré.

« Quand le croque-mort t’emportera, qu’il te conduise à travers ciel… », dit la fameuse chanson « l’Auvergnat » de Brassens. Croque-mort est un métier méconnu. Selon la légende, ce nom étrange proviendrait du fait qu’il était chargé de mordre le petit orteil du défunt afin de vérifier son état. Autre explication, lorsque la France fut frappée par la peste, il devait transporter de nombreux corps au moyen d’un « croc ». Son nom serait donc né ainsi, par extension.

 Aurélie, qui a souhaité garder l'anonymat, fait ce métier depuis quelques années et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle l’a choisi et qu’elle l’aime.  Nous sommes à la veille de la Toussaint, elle est au téléphone avec une cliente à des kilomètres de la sépulture de sa mère enterrée à Manosque qui a demandé qu'elle dépose un bouquet de chrysanthème rouge et blanc sur sa tombe. Aurélie rassure, envoie la photo, donne des détails sur la propreté de la tombe avec une gentillesse et une patience exemplaires. Deux qualités indispensables à son métier qui consiste à accompagner la famille avant, pendant et après les obsèques.

« Se sentir utile et aider »

Ce sont les deux mots qui reviennent le plus souvent dans la bouche de la jeune femme. Surnommée enfant Morticia à cause de ses longs cheveux bruns et de la pâleur de sa peau, la trentenaire n’a pourtant rien de morose, elle est plutôt pleine de vie et d’empathie. C’est très jeune à 18 ans qu’a lieu le déclic.

Un déclic suite à un accident de moto dramatique d’un ami. Défiguré, les thanatopracteurs lui rendront le visage aimé par ses proches. « La dernière image est très importante », souligne aujourd’hui encore Aurélie. Mais à l’époque ses parents réticents l’envoient en esthétique. Elle y restera quelques années avant de revenir à ses premiers amours. 145 heures de théories et 70 heures de pratique plus tard elle ressort d’une école spécialisée avec son diplôme de conseillère funéraire en poche. Et elle l’affirme «  j’ai cherché toute ma vie un métier comme celui-là ».

De ceux dont on rentre le soir avec la sensation d’avoir bien fait et d’avoir fait le bien. Alors tan pis s'il n’est pas toujours simple à expliquer à ses proches et rend parfois les rencontres compliquées –la mort étant encore tabou dans notre société- ce métier elle l’a choisi. Et c’est en soutenant les familles des défunts « croquants, croquantes ou Auvergnat » que notre croque-mort au grand coeur se sent utile et à sa place.

Camille GARCIA

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Fréquence Mistral Manosque